15.11.2007
Prozac littéraire - 2
La suite de ma série livres anti-coups de blues (Ici pour l'étape 1 - ne pas rater en commentaires les propositions de Françoise, Soum et Quintescent). Encore une flopée d'auteurs anglo-saxons et cultes mais la prochaine fois promis, je te dégote des lectures franchouillardes ET marrantes.
> Bill Bryson : journaliste américain exilé en Angleterre, Bill Bryson écrit des livres drôles sur les voyages, la science et même la langue anglaise semble-t-il. Tous ses livres ne sont pas parus en français, je te recommande quand même chaudement son Neither Here nor There, récit de son grand périple européen de Hammerfest tout au nord de la Norvège à Istamboul, sur les traces de son premier voyage 20 ans plus tôt. Entre temps Bill a pris du poids, s'est embourgeoisé et l'Europe s'est touristifiée d'un peu partout, mais il vit et raconte délicieusement les moments hors normes que goûte le voyageur en liberté. Ici ou là on peut compter sur quelques hôteliers pervers et chauffeurs de taxis hargneux pour rendre son récit hilarant.
J'ai ouvert puis laissé pour des jours plus tranquilles, son "Histoire de tout ou presque..." qui cause de notre planète et de l'univers avec pédagogie et humour. Instructif donc - et en cas de déprime, très efficace contre l'auto-apitoiement : l'histoire du big-bang, des atomes et de la matière remet vite fait les petits tracas à leur vraie place, tiens.
> L'affaire Jane Eyre de Jasper Fforde. Attention OVNI littéraire. 1985 en Angleterre : zeppelins, guerre de Crimée et passion des masses pour la littérature*. L'héroïne Thursday Next (oui, Jeudi Prochain, ahahah) appartient aux mystérieuses Opérations Spéciales, brigade Littérature. Son ordinaire : traquer le plagiat, le faux manuscrit, la traduction infidèle. Jusqu'à ce qu'un terroriste se mette à trafiquer les chefs d'oeuvre anglais dans le texte et sacrilège, kidnappe Jane Eyre dans les pages mêmes du roman. Riche en private jokes littéraires et british donc, mais assez irrésistible pour les amoureux des livres (la lecture préalable de Jane Eyre est un plus). Je suis en train de dévorer le 2ème titre de la série, Délivrez-moi, et il s'annonce aussi fada que le premier : à la page 35 l'un des personnages ne communique plus que par notes de bas de page - très efficace pour réveiller le lecteur blasé.
> Dans un genre moins cultureux/plus geek mais largement aussi délirant : H2G2 de Douglas Adams. Te souviens tu du film ? La bande-annonce est déjà un délice, le livre est encore mieux.
> Parmi les ancêtres de ces anglo-saxons givrés, il y a Wodehouse et son fameux Jeeves, valet aux neurones d'acier, toujours prêt à réparer les gaffes de son maître Bertram Wooster, aristo bien sympa mais tellement nigaud des fois, je te jure. Si tu ne connais pas encore Jeeves, plonge-toi dans l'un des volumes de la série, tous ceux que j'ai lus étaient parfaitement détendants.
> David Lodge a pondu plusieurs livres autour des profs des facs & co. Si tu penses que la vie des mandarins est chiante, apprends qu'un prof compare en détail la lecture et le strip-tease lors de l'incroyable conférence internationale d'Un tout petit monde - les échanges universitaires ont l'air bien mieux que Meetic, Match, etc. pour rencontrer le partenaire idéal, cultivé, prof. supp., ouvert et voyageur... Tout ça reste assez intello mais surtout très drôle. Mention spéciale pour Un tout petit monde donc et Thérapie (ce qui boucle parfaitement avec le Prozac, tiens).
*En 2007 en France, on a bien la Star'Ac pour passionner les masses. Alors pourquoi pas la littérature ? Dans un autre espace temps je veux dire.20:45 Publié dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : livres drôles
06.11.2007
Prozac littéraire - 1
"Oh, t'as pas un livre marrant à me conseiller ? C'est dur en ce moment avec le mois de novembre/la vie/Sarkozy/le réchauffement climatique". Combien de fois ai-je entendu cette phrase ces dernières temps ? J'ai creusé ma mémoire pour trouver des antidépresseurs littéraires efficaces et sans effets secondaires. Et puis j'ai pensé que ça pouvait servir au-delà du cercle des dépressifs de mon entourage (eh mais je blague !). Je ne peux pas garantir l'efficacité de ma prescription, comme tu sais, les livres sont une affaire personnelle et hautement changeante. Si tu es allergique à l'humour anglais délirant, passe ton tour. Mais si tu es désespéré, lecteur du fond du seau (ou en panne de lecture), jette toi sur ces pages, elles pourraient bien te redonner le sourire.

> Pourquoi j'ai mangé mon père de Roy Lewis
Destination le pléistocène, dépaysement garanti. Edouard, son fils Ernest et le reste de la tribu tente de survivre, d'améliorer leur ordinaire de pithécantropes et parfois - à force de patience et de chance - de faire avancer l'évolution. Roy Lewis répond ici à toutes les questions essentielles : le progrès - pour quoi faire, comment est né l'amour, comment tailler un silex décent en moins de 2 minutes - et bien d'autres encore. Je viens de le relire (moi aussi j'ai besoin de prendre soin de mon moral) : à l'heure des nano-techno et de nos angoisses écolos, ce livre de 1960 qui n'a pas pris une ride sonne avec plus d'ironie encore. C'est pas juste que c'est drôle : c'est court, fin, très bien écrit et traduit (par Vercors). Réjouissant.
> Pour le meilleur et pour l'empire de James Hawes
Un Anglais moyen, père divorcé, fauché, amoureux et au bout du rouleau se retrouve largué au milieu d'un jeu de télé-réalité dans la jungle la plus hostile de l'univers : ce n'est que le point de départ, mais je ne voudrais pas te gâcher l'intrigue de ce livre qui vole de délires en délires. A l'arrivée un flingage moral de l'ère Blair et de nos sociétés maudernes - version marrante et pleine de promesses. En refermant ce livre, je me suis demandée pourquoi nous n'avions pas un auteur comme ça en France pour brosser notre portrait sous l'ère Sarkozy*. Si tu en connais, merci de me les signaler de toute urgence, hein ?! Bon, ceci dit, j'ai pas lu le Yasmina Reza, c'est drôle ?
> J'avais déjà parlé ici d'un homme heureux d'Arto Paasilinna. Je recycle confirme.
En attendant de te poster la suite un de ces 4, j'ajoute qu'en cas de crise aigue L'enquête corse de Pétillon marche à tous les coups pour moi.
*En France, on a surtout des écrivains ultra égocentrés (Beigbeder, Houellebecq...), qui ne font rien qu'à se regarder leur nombril d'homme moderne paumé pour en sortir une longue plainte glacée. Ou alors, on a l'auteur social (François Bon, Jean Rolin...), c'est bien, mais alors là c'est pas drole - et pas toujours accessible. Ou alors on a Yasmina Reza. Bref, où sont nos Jonathan Coe, nos James Hawes, nos David Lodge ??
La BD, c'est Calvin & Hobbes de Bill Waterson, c'est bien aussi évidemment
22:50 Publié dans Livres | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : livres drôles


